Pour commencer, petit rappelle des faits : en 2007, soit deux ans après que Katrina ait ravagé la Nouvelle-Orléans, les dirigeants de Disney annoncent qu'un studio d'animation 2D va être créé dans la ville sinistré, alors qu'à peine 3 ans plus tôt tous les studios 2D avaient été fermés. Ils annoncent aussi que le film qui y sera réalisé prendra place à la Nouvelle-Orléans des années 20 avec pour héroïne une afro-américaine. Plus qu'un simple coup marketing au goût douteux, c'est vraiment le divorce d'un symbole purement capitaliste avec l'administration Bush qui avait complètement abandonné à elle même la Nouvelle-Orléans lors de la catastrophe.
On pouvait légitimement penser que le film traiterait de certains problèmes sociaux peux abordés par le cinéma commerciale Américain, mais malheureusement, après deux ans d'attente et d'espérance, on revient à ce qui à fait la gloire de Disney : le mielleux. Les années 90 leur a apportés un succès colossal, sortant le studio du gouffre financier des années 70-80 qui était pourtant la source de nombreux petit chef d'œuvres (Basil, Bernard et Bianca, Taram & le Chaudron magique), mais à sonné le glas de la créativité et de l'artistique. Les deux seuls films ayant vraiment brillés de part leurs créativités et leurs choix artistiques durant les années 90 sont L'Etrange Noël de Mr Jack et Tarzan, très à part dans la filmographie du studio, tout comme Taram qui fut l'un des plus grand échec malgré ça maturité. Du coup on nous ressert ce qui marche le mieux : de la princesse et des chansons. Allez pourquoi pas si c'est bien fait! Et là ça fait mal. Les personnages sont très stéréotypés, les situations ultra prévisible, les thèmes mille fois abordé couplé avec en plus de cela à une moral sur le travail tout bonnement sarkozyste. Les enfants apprécieront (ou pas) de retrouver le monarque court sur patte dans leur film. Enfin bref passons...
Toutes les avancées de Tarzan, pas exceptionnelle mais assez novatrice sur certain plan pour le studio ce sont envolées! On ne s'intéresse plus à l'humain, thème fort dans Tarzan ou Frère des Ours, mais on se recentre sur un gloubigoulba de bon sentiment, de moralisme et de féérie à outrance! Dans Tarzan, le lien avec le spectateur est pensé comme une vision de l'Homme dit "civilisé" sur un homme "sauvage" : le film fait en sorte que le spectateur s'attache aux ressemblances et à ce qui fait qu'il soit un Homme plutôt qu'aux évidentes différences qui le rabaisserait de cette manière à un animal.
Revenons à La Princesse et la Grenouille. Le film nous narre l'aventure de Tania, jeune Afro-américaine qui rêve d'ouvrir un restaurant. Ça commençait pourtant bien : au début, on découvre Tania et une amie blanche à elle en train d'écouter la maman de Tania raconter l'histoire d'une princesse embrassant une grenouille. Le tout était suivi par une scène où Tiana et sa mère rentraient chez elles dans un quartier pauvre de la Nouvelle-Orléans, retrouvaient le père et soupaient avec des amis, le père rêvant d'ouvrir son resto. Tania va se coucher après avoir prié l'étoile du Jour et là, ellipse : Tania a grandi et elle n'a qu'une idée en tête, ouvrir un resto pour que le rêve de son défunt père se réalise. La mise en scène jouait sur les non-dits, sur le racisme sous-jacent mais pas forcément conscient. Ses premières minutes sont très bien, le montage est agréable, l'animation ne s'emporte pas on sent une réel envie de prendre le temps. Ah mince, c'est un film capitaliste, le temps c'est de l'argent, donc après l'ellipse, l'animation se met à être beaucoup plus dynamique, agaçante même, le montage se fait frénétique, et là... c'est la chanson. Le film commence à se perdre là. Mais il faut attendre la transformation de Tania en grenouille pour que la mort clinique soit annoncé. Ce qui suivra ensuite ne serra que catalogue de situations pas franchement utile, et pourtant le passage dans le bayou est le morceau le plus important du film. Le film ne fera qu'accumuler les situations qui se concluront par un cours de moral travailliste : le travail c'est très bien, il faut se tuer à la tache pour prouver que l'on existe (un peu) et tant pis si on doit s'assoir au fond du bus à part. Oui, par ce que le film oublie de traiter de la discrimination raciale , pourtant au début il en est question : on y voit effectivement Tania et sa mère au fond d'un bus à l'écart des blancs, elles ne se rebellent pas, ce n'est ni le moment ni le lieu, mais a travers le film, les réalisateur auraient pu essayer de traiter de ce sujet. Lasseter, arrivé en cours de route sur le projet en tant que prod aurait il influencé les réal pour qu'il vise plus dans le "divertissement"? De plus, tout est hyper-modernisé pour plaire au plus large public, alors que le film se tient dans une réalité social qui aura des conséquence énorme dans le monde entier à partir de 1929 (le film se passe dans les années 20, ça pourrait être 1921 ou bien 1928). Enfin bref, toujours est il que le sujet est vite oublié au profit d'un petit voyage dans les marécages. On y rencontrera d'ailleurs Louis, le croco mélomane et Ray, une luciole pecnot dont je vous parlerait plus loin. Louis n'est pas désagréable, mais on a l'impression de revoir Balou blindé à l'héro (en somme, il bouge partout de manière quasi épileptique tout en étant parano). Bon d'accord il est sympa comme perso, mais bon... Coté technique ce n'est pas la joie non plus. Si les décors sont beau voir magnifique, la nouvelle Orléans semble un peu vide. L'animation quand à elle est fatigante, les personnages ne cesse de faire de grands gestes ample et rapide en pausant à mort, de plus, les dessins ne sont pas toujours folichons... D'accord c'est fluide, mais c'est loin d'égaler les productions des années 90, qui si elles étaient pour la plupart idiotes, étaient d'une qualité technique bien supérieur à tous ce qui ce faisaient à l'époque (et même maintenant). Le pire étant la 3D, gros argument de vente, qui ici fait flop. Il suffit de voir l'effet de particule créer pour le vol des lucioles pour se demander où sont partis les graphistes 3D (chez Pixar sans doute). Malgré tout, le film reste sympathique avec les qualités inhérente au studio : l'ambiance festive, les gags bien mis en scène, les références et le rythme sont là pour que l'on passe un bon petit moment. Il y a tout de même quelque chose qui rattrape le film, c'est le personnage de Ray, la luciole cul-terreux amoureux d'Evangeline, l'étoile du matin. C'est un personnage vraiment attachant et passionnant : très fragile, animé avec beaucoup de douceur, comme de peur de lui faire mal, ce personnage naïf, courageux, rempli d'humanité et croyant de cette vrai croyance qui confine à l'amour mérite que l'on s'intéresse à lui. C'est le seul personnage vraiment travaillé, avec une personnalité propre.
Bon, le film n'est pas un ratage complet, mais il est vraiment dommage que certains sujets importants et intéressant aient été élagué au profit d'une morale travailliste assez déplorable et un peu douteuse.